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36 ans d’informatique : voyage au cœur de son évolution

Introduction

En 1989, je faisais mes premiers pas d’opérateur sur mainframe, sans imaginer que je vivrais au cœur d’une révolution technologique permanente. J’ai vu les terminaux coax céder la place aux PC, les mainframes évoluer vers les serveurs virtuels, et les langages procéduraux se transformer en environnements orientés objet.

Cet article est le récit de ce voyage à travers le temps, marqué par des migrations ambitieuses, des infrastructures en constante mutation et l’art de faire cohabiter plusieurs générations de systèmes et de technologies ; ce n’est qu’un fragment de cette révolution technologique, toujours en mouvement, qui continue d’écrire son histoire sous nos yeux.

1989 Les débuts en tant qu’opérateur sur Mainframe IBM

Le vendredi 1er septembre 1989, premier jour en tant qu’opérateur, je me souviens du livre que j’ai reçu ce jour : « VSE/ESA » rouge, on parle aussi de JCL (Job Control Language) et quelques termes plus proches pour moi du grec ancien que du français ; mon bureau : un bureau métallique vert industriel posé sur un sol en lino bleu clair.

Ce premier jour a été marqué par une aventure que je n’ai pas connue, le lecteur de carte perforée quittait les locaux du datacenter.

Au niveau matériel informatique on est clairement dans un autre temps, on est relié à un système central via un terminal, ehhh oui le PC n’est pas encore à l’ordre du jour, on a un terminal 3270 avec ses couleurs vert sur fond noir, la connexion elle se fait à l’aide de coax noir. Les lecteurs de bande pour les sauvegardes du système central nous ramènent dans les films de science fiction des années 1960. Le système central n’est lui qu’une grosse boîte contenant ses disques et sa mémoire centrale; la mémoire devait atteindre un maximum de 128 MB. Un des éléments que je me souviens encore très bien était un traitement qui lisait une bande en entrée et écrivait le résultat sur une bande en sortie; les extra-terrestres n’étaient pas loin.

Les disquettes qui contenaient les données saisies par les opératrices avaient une taille de 8 pouces et je me rappelle encore l’écran vert sur fond noir, un clavier pour la saisie et la disquette qui faisait office de mémoire. Le lecteur de disquette qui était relié au mainframe était relativement imposant.

L’imprimante matricielle centrale avec du papier en continu, pas de toner mais un rouleau de nylon qui avance en même temps que le papier.


Années 1990

Les années 1990 sont marquées par les premiers pas en programmation, en particulier COBOL, une sacrée aventure avec ces instructions que l’on codait sur des lignes de 80 caractères maximum. Sont venus s’ajouter les notions de base des concepts autour de VSE/ESA : , CICS, VSAM, VTAM,.. Si je reviens en arrière sur l’informatique d’aujourd’hui; à cette époque il y avait déjà la virtualisation sur les systèmes VSE/ESA que l’on appelait LPAR , par contre chaque byte comptait, avec 128 MB sur l’ordinateur central, imaginez! les années, par exemple, étaient codées sur 2 positions pour gagner de la place, les programmes étaient optimisés au maximum. Aujourd’hui on a perdu quelque peu la notion d’optimisation. Le codage des années sur 2 positions ont créé le fameux bug de l’an 2000.

Une des révolutions de ces années est bien évidemment l’arrivée des premiers PC qui vont remplacer les terminaux. A l’époque le système d’exploitation qui a été choisi a été OS2 autant bien sur les postes de travail que sur le serveur central, OS2 assurait une meilleure compatibilité avec le mainframe IBM. Il a fallu pour certains s’habituer avec la souris, un sacré challenge!

Windows 95 pointait son nez et après quelques années OS2 a été migré vers Windows NT4; la décision a été inéluctable, il devenait de plus en plus compliqué de trouver pour le matériel en évolution des drivers compatibles OS2.

Un autre point a été l’émergence des nouveaux outils de programmation (IDE) « VisualAge » qui permettait de supporter plusieurs langages de programmation tels Basic, Cobol, C++, EGL, Java, IBM RPG, Smalltalk… et compatible sur de nombreuses plateformes tels AIX, OS2, iOS, Linux, Microsoft Windows, z/OS, VSE/ESA. Cet IDE a servi de migrer les différentes applications en faisant abstraction des langages de programmation et des plateformes qui eux suivaient les évolutions.

Au niveau de la la programmation il a fallu, pour assurer la maintenance des applications en RPG, se former sur ce language venu d’une autre planète.

Les spécifications principales des instructions RPG se résumaient sur une carte similaire à l’image ci-dessous :

Ces années marquent également l’arrivée d’internet . J’ai encore le bruit caractéristique…

Au niveau matériel le PC avec sa carte mère, sa carte graphique, ses câbles IDE, son processeur, son disque dur, sa disquette, son cd-rom

Dans le matériel le plus significatif, les disquettes qui permettaient d’installer le système d’exploitation et les différents programmes, plus tard est venu le cd-rom. L’installation par disquette n’était plus qu’un mauvais souvenir, 45 disquettes pour l’installation d’office, une réelle expérience. La carte graphique : les plus puissantes étaient plus importantes uniquement pour l’univers des jeux, au bureau tant que l’image s’affichait…

Pour se perfectionner dans ces différentes technologies, ces années ont été ponctuées par plusieurs formations, pour certaines aux portes de Paris (JCL, IBM AIX, VisualAge…) ainsi que de nombreuses heures d’auto-éducation sur les fameux livres mis à disposition par l’éditeur chez IBM on a les Redbooks. On avait aussi la chance de pouvoir toucher le matériel, changer de carte graphique, de disque dur et même pouvoir monter son propre PC de A à Z. J’ai eu la chance pour ma part de monter mon propre PC personnel, une belle expérience : un boîtier vide avec les différents composants séparés, alimentation, carte mère, carte graphique, disque dur…


Années 2000 à 2010

Dans les années 2000 on passe gentiment au niveau des serveurs du monde du Mainframe à celui un peu plus « ouvert ». On passe des systèmes IBM s/390 à des systèmes IBM BladeCenter, puis Power (Power 4, Power 5). Il fallut, avant tout, comme évoqué plus haut faire le passage à l’an 2000; nous concernant ça a été réglé le temps de boire le café avec quelques croissants au matin du 1er janvier, la planète a continué à tourner, la fin du monde tant redoutée sera pour une autre fois.

Les applications passent d’un monde de type terminal à celui d’applications graphiques.

C’est là que je décide d’en savoir plus sur comment interagit le matériel et les programmes permettant de les faire fonctionner. Pendant une année je retourne sur les bancs d’école d’informatique de Sierre à raison de 2 soirs par semaine et les samedis matins pour y suivre le cours SIR (Systèmes individuels et réseaux); j’ai pu y découvrir le Hardware, le poste client, Windows NT server, Linux, les réseaux. Cette formation m’ouvre les portes de l’ingénieurie système, une passion qui m’habite encore aujourd’hui.

Dès lors, je ne pensais pas avoir l’opportunité de pouvoir côtoyer de multiples technologies, de divers programmes, d’expériences enrichissantes telles que pour les OS (Linux, AIX, Microsoft Windows, AS400), pour les bases de données (DB2, Mysql, SQL Server), pour les serveurs d’applications (Websphere, Tomcat), pour les serveurs de données (Samba, Ldap…), pour les backups (Tivoli Storage Manager), pour les SAN (Storwize) et j’en passe (Cognos, ETL, Centreon, Nagios…).


Années 2010 à 2020

Ces années ont été marquées par la continuité de ce qui était en place et l’arrivée de technologies de virtualisation sur des serveurs de type ESX/VMware ainsi que les backups Veeam. Les premiers pas avec Vmware ont été déroutants, un simple clic droit et l’on peut créer un serveur sous Linux ou Windows avec le processeur, la mémoire, le disque dur que l’on a besoin.


Au niveau matériel les serveurs sont de plus en plus petits avec des capacités de plus en plus grande. Nous avons toujours des switchs pour les inter-connexions via des câbles RJ45 et de la fibre-optique. Ce matériel qui était pour une bonne partie déjà présent dans les années 2000, se caractérise surtout par des vitesses de plus en plus importantes et des capacités loin de mes débuts.


Années 2020

Les années 2020 un nouveau virage avec l’arrivée d’un monde nouveau : les « concepts Kubernetes » avec Openshift. La dimension dans ce cas est tout autre, la virtualisation est encore plus fine où l’on ne gère plus des machines virtuelles mais des services applicatifs distribués, automatisés et portables sur n’importe quel cloud ou datacenter; on parle de DevOps et si l’on ajoute la couche de sécurité on est sur du DevSecOps. J’avoue que j’ai été réellement impressionné quand j’ai vu le déploiement d’un cluster complet avec ses machines associées, ses applications, ses routes réseaux, sa sécurité et tout ça à l’aide de fichiers de configuration pour une bonne partie en Yaml.

Aujourd’hui la sécurité est un des éléments incontournables pour être prêt lorsqu’une cyberattaque arrivera. Comme il est souvent évoqué, ce n’est pas de savoir si un jour on va être attaqué, mais plutôt de savoir quand. La mise en œuvre d’un SMSI basé sur ISO27001 est la première pierre de la construction d’une barrière face aux attaques des cybercriminels. Les aspects sécuritaires me passionnent et de mon point de vue : il faut avant tout mettre l’humain au cœur de la cybersécurité, le premier acteur dans toute attaque est très souvent l’humain; sur le sujet voici un petit article que j’ai écris : il faut considérer l’humain comme le maillon fort de la cybersécurité.

Pour finir l’IA vient bousculer tout ce petit monde; l’intelligence artificielle marque une nouvelle étape. Elle apporte non seulement de l’automatisation, mais aussi de la capacité d’analyse et de décision. Nous entrons dans un monde où les systèmes ne se contentent plus de fonctionner : ils apprennent, s’adaptent et créent de la valeur. Me concernant l’IA est pour l’instant un outil incontournable au quotidien, il peut m’aider dans les recherches sur des sujets précis techniques ou non; il m’aide dans la création d’éléments techniques (scripts, commandes, debug etc…); il m’a aidé par exemple dans la recherche pour la création de cet article, il n’a par contre pas pu se mettre à ma place pour valider mon expérience. Mais là on est qu’au début d’une autre ère passionnante à venir.


Conclusion

En 1989, je posais mes premiers pas dans un monde où les terminaux étaient reliés à des mainframes par du câble coaxial et où le code était du COBOL. Depuis, j’ai traversé des époques riches en bouleversements : l’arrivée des PC, les migrations de systèmes, la montée en puissance d’UNIX et de Microsoft Windows, la révolution de la virtualisation, et plus récemment les enjeux cruciaux de cybersécurité.

À chaque étape, il a fallu apprendre, s’adapter, relever des défis parfois immenses. Mais à chaque fois, ces défis se sont transformés en opportunités : l’occasion de bâtir des ponts entre les anciennes technologies et les nouvelles, entre l’héritage et l’avenir.

Aujourd’hui, alors que l’intelligence artificielle occupe une place grandissante et promet de redéfinir notre manière de travailler, je mesure le chemin parcouru. Si j’ai retenu une leçon, c’est celle-ci : la curiosité, la persévérance et l’envie d’apprendre sont les meilleurs compagnons de route.

L’informatique n’est pas seulement une histoire de machines, c’est avant tout une aventure humaine et intellectuelle. Et après 36 ans, je garde presque intacte la même passion et autant l’envie apprendre qu’au premier jour.

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